[Critique] Taishou Alice all in one sur Nintendo Switch

Sorti sur PC épisode par épisode et sujet à un des plus gros drama de la localisation, Taishou Alice a eu droit à un portage PS Vita puis Switch au Japon. Très apprécié par la communauté internationale; ma principale raison de me jeter dessus fut qu’il a été écrit par Fujimoto (sous le pseudo de Fujimi), scénariste de l’excellent Shinigami to Shoujo.

L’histoire semble à priori assez banale pour un Otome: une héroïne amnésique dans le noir complet qui fait la connaissance d’un personnage complètement barré: Alice. Un jeune homme ayant lui aussi perdu la mémoire et au très mauvais caractère. Mais ça ne s’arrête pas là: dans le noir, on vous proposera de traverser un miroir qui mène directement à un monde où Yurika (l’héroïne) devra sauver son prince charmant qui porte le nom d’une héroïne de conte de fée. Chaque route se déroule dans un monde différent où le statut des personnages, dont l’héroïne, change. Par exemple: Gretel et Shirayuki sont frères sans certaines routes alors que dans d’autres non et etc.

Personnages

Arisu Yurika est notre héroïne de compétition. C’est une jeune fille de 17 ans très très maligne qui ne se fait pas prier courtiser ses messieurs. Si vous cherchiez une bonne héroïne marrante vous avez frappé à la bonne porte et Yurika risque de vous surprendre plus d’une fois. Sa personnalité joviale et active contraste tellement avec le commun des protagonistes d’Otome qu’il en devient parfois compliquer de deviner à l’avance ce qu’elle a dernière la tête. Bonus: elle sait très bien parler anglais et le fait entendre. Ça n’a jamais été aussi dommage qu’une héroïne ne soit pas doublée.

Cinderella (CV: Hirakawa Daisuke) est un des personnages du premier volume. C’est un jeune homme de 23 ans arrogant et prétentieux mais pouvant se montrer gentil. Dans sa route c’est une sorte d’accro du shopping qui ne compte pas les sous en faisant plus ou moins marcher un café pour le plaisir en compagnie de ses deux petits frères Shirayuki et Gretel. Son père complètement fauché espère le marier à Yurika afin de profiter de la fortune de de la famille de la jeune fille, pendant ce temps Yurika s’infiltre chez Cinderella pour apprendre à connaître l’homme qu’elle devra épouser tout en se faisant passer pour une fille de basse extraction.

Akazukin (CV: Maeno Tomoaki), deuxième personnage du premier volume. C’est un jeune homme sérieux travaillant dans la police. Malgré son sang froid il panique complètement à la proximité d’une femme et souffre d’une timidité presque maladive à l’abord des sujets romantiques. Dans sa route, notre Petit Chaperon Rouge est chargé de protéger Yurika qui est alors victime d’harcèlement de la part d’un inconnu envoyant des lettres de menace sous le pseudonyme d’ « Ookami » (loup). Yurika est tout de suite très intéressée par Akazukin quand se dernier à de plus en plus de mal à se tenir près d’elle. Cette route est sans doute la plus amusante en terme d’alchimie entre les deux personnages aux caractères complètement opposés.

Kaguya (CV: Masuda Toshiki) appartient au second volume. Il sera le cauchemar des néophytes de la langue japonaise à cause de son dialecte du Kansai mais marque aussi un grand tournant dans l’expérience Taishou Alice: si le volume 1 vous a donné des routes plutôt amusantes, Kaguya vous vous rappeler le gout du drame, le vrai. C’est un jeune homme de 20 ans d’apparence léger: à peine il croise le regard de Yurika qu’il se confesse et lui demande de sortir avec lui…..ce qui va fonctionner ! Mais les apparences sont trompeuses et Kaguya s’avère être un personnage beaucoup plus morose qu’il n’y paraît. Pour ceux au fond qui ne connaissent pas la référence.

Gretel (CV: Eguchi Takuya), toujours deuxième volume. Sa route contraste nettement avec tout ce qu’on a vu auparavant étant donné que ce dernier et Yurika se connaissent depuis le début et sont *roulement de tambours* frère et sœur. Sa route rentre tout de suite dans le délire du malsain car Yurika est séquestrée par son petit-frère chéri et se souvient petit à petit ce qui les a menés à une telle situation. C’est intriguant, c’est bien écrit, et Gretel est un personnage qui risque de vous en faire voir de toutes les couleurs, d’autant plus que le caractère siscon de ce dernier restera exploité à fond dans la route de Shirayuki (autre route où Gretel a pour statut le petit frère de Yurika).

Shirayuki (CV: Aoi Shouta), ou Blanche-Neige et la seule route disponible d’office du troisième volume, celle de Mahoutsukai se débloquant après. Elle touche du doigt une partie du twist final sans le résoudre complètement. Shirayuki est un jeune homme stoïc ne mangeant pratiquement rien et vivant seul avec une mère anormalement jeune et fan de contes de fée. C’est d’abord Yurika qui le remarque et déclare immédiatement qu’il est son prince charmant. Shirayuki de son côté est en effet touché par les avances de la jeune fille mais ne saura pas du tout comment le montrer.

Mahoutsukai (CV: Hatano Wataru) est un personnage intriguant. Sa route appartenant au troisième volume n’est déblocable qu’après avoir achevée celle de Shirayuki. Il apparaît dans certaines des routes précédentes pour aider l’héroïne et c’est aussi lui qui nous accueille si on a le malheur de nous tromper et d’arriver à une Bad End. Sa route est assez sordide: Yurika est fiancée à littéralement tous les personnages présentés précédemment et reçois des lettre de menace à sa vie au cas où elle ne parviendrait pas à faire un choix rapidement. Mahoutsukai joue là le rôle du détective chargé de découvrir le coupable un peu comme Akazukin dans sa route. Mais derrière son air rieur c’est là un personnage bien plus mélancolique qu’il n’y paraît. Alerte au doux-amer (très amer), je vous ai prévenus.

Alice (CV: Matsuoka Yoshitsugu) est au choix le pire ou le meilleur personnage de tous les temps. Sa route se trouve dans l’épilogue, qui conclu d’un magistral point final Taishou Alice mais Alice ne manque pas de se faire remarquer par sa capacité à parler extrêmement vite pour dire des choses tellement désagréables que ça en devient hilarant. Dans cette route on vous propose de traverser tous les univers mais dans un seul objectif: attraper cette petite teigne d’Alice. C’était drôle. C’était aussi très triste. Et c’est un plaisir de voir Alice rester fidèle à lui-même: un jeune homme capricieux à la répartie fulgurante. + Son doubleur fait clairement une des meilleurs performances jamais entendues.

Histoire et scénario

C’est clair et net: Taishou Alice est un titre très surprenant, très loin de la simple réinterprétation de contes de fées annoncée par la couverture. La première chose qui m’a frappée en jouant c’est la qualité de l’écriture, bien caractéristique de la scénariste. Tout est très fluide et transportant. On oscille entre de la poésie parfois très tragique et des tombées d’humour parfaitement maîtrisées. Les sujets abordés ne sont pas des plus joyeux et certains personnages sont hantés par de lourds traumatismes dont la finalité est troublante de réalisme pour un univers qui se veut féerique.

« Merci de t’être poussée… Si t’avais attendu ne serait-ce que 3 secondes avant de dégager il y aurait eu un truc censuré par des mosaïques qui se serait échappé de ma bouche…. »

L’univers d’ailleurs parlons-en. Vous ferriez une grande erreur s’il vous venait à l’idée de chercher une quelconque cohérence temporelle dans Taishou Alice. D’après les tenues vestimentaires et le contexte on pourrait penser que l’histoire se déroule, comme dit dans le titre, durant l’ère Taisho (début du 20ème siècle au Japon). Mais beaucoup des références culturelles des personnages, notamment la culture très axée otaku d’Alice; nous font perdre nos repères.

Dans Taishou Alice, tout semble simple pour s’avérer être extrêmement bien calculé et prévu à l’avance jusqu’au moindre fait et geste de l’héroïne. Et quelle héroïne ! Pour peu que vous soyez sensibles aux jolies demoiselles malignes et prêtes à tout, Yurika risque bien de rester longtemps à vos yeux la référence de la bonne protagoniste d’Otome Game. En plus d’être munie d’une bonne dose de second degré, de cran et de « Oh Yeah ! », Yurika s’avère être une héroïne parfois déroutante et intrigante, complètement à l’image du jeu. Elle va surement vous paraître étrange au début tant sa répartie change complètement de ce dont on a l’habitude mais elle rajoute un vrai vent de fraîcheur au scénario.

L’expérience est entière et toutes les routes sont à considérer comme un tout pour saisir toute la splendeur de l’oeuvre. C’est le genre d’histoire qui ne se révèle sous son véritable jour qu’à la toute fin. C’est très dur à décrire comme sensation mais le twist final est de loin un des meilleurs que j’ai vus et rend sensé tout ce qui semblait absurde. Le jeu ressemble au tout début à une banale comédie conte de fée mais plus on avance à travers les volumes et plus les routes se veulent sombres avec des thématiques de plus en plus dures (auto-mutilation, troubles mentaux, obsessions etc…). Le CERO C stipulant que le jeu est déconseillé aux moins de 15 ans au Japon n’a pas été volé, d’autant plus que les allusions sexuelles sont présentes et bien plus directes que ce dont on a l’habitude de voir dans ce genre de jeux. Aucune scène érotique explicite mais rien que le mot « sexe » est énormément prononcé avec beaucoup de naturel, ce qui est loin d’être de la norme pour des jeux qui restent souvent dans l’allusion seule quand ils ne sont pas complètement prudes (je parle évidemment de la partie tout public des Otome Games).

Graphisme et bande-son

La vérité c’est que je n’ai pas grand chose à dire sur la forme du jeu. C’est très joli sans être splendide. Les OSTs sont plutôt réussites sans être vraiment marquantes et les illustrations appréciables. Les sprites sont assez peu nombreux et pas franchement dynamiques même si très bien réalisés, en même temps c’est le tout premier titre de Primula donc le budget devait être assez serré.

Je regrette quand même que, parmi le peu de CGs qu’on a, il y ait un tas qui semblent assez inutiles qu’on aurait pu économiser pour des moments un peu plus cruciaux, mais ça reste assez joli à regarder. Il me semble que le portage Switch comportent des CGs supplémentaires par rapport aux versions précédentes, ce qui est assez étonnant vu qu’elles restent assez peu nombreuses. On notera cependant aussi les arrière-plans dans un style un peu aquarelle qui personnellement m’ont beaucoup plu.

Système

Les portages consoles vous forcent à avancer volume par volume ce qui est largement plus commode pour la cohérence de l’histoire. Contrairement à la plupart des Otome, le prénom de Yurika est modifiable via le menu principal et non par une fenêtre qui s’ouvre quand on commence.

Sinon niveau ergonomie Prototype fait comme à son habitude en étant presque trop méticuleux: on a le manuel directement intégré dans le jeu, la possibilité de changer la fonction des boutons et même la police de caractère des textes. Bien que tout semble là pour nous faciliter la vie, quand on s’est habitué(e) à voir le bouton pour skipper à tel endroit ça fait quand même tout bizarre au début.

Conclusion

Taishou Alice est un titre phare qui n’a pas usurpé son succès, loin de là. Malheureusement objet d’un essai de localisation complètement foireux sur PC, on espère voir un jour la version Switch débarquer en occident. Mémorable c’est le mot, malgré une forme assez banale le fond est tout ce qu’il y a de plus surprenant. On rit, on pleure et on se souviendra longtemps de ce jeu et de son héroïne motivée à sauver son prince charmant.

Scénario
Romance
Graphisme
Bande Son
Doublages
Ergonomie

⭐⭐⭐⭐⭐
⭐⭐⭐⭐
⭐⭐⭐
⭐⭐⭐
⭐⭐⭐⭐
⭐⭐⭐

Les plus

  • Histoire surprenante et bien écrite
  • Héroïne active et entreprenante
  • Petites touches d’humour efficaces

Les moins

  • CGs pas toujours au rendez-vous

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